BIENVENUE CHEZ LES CALINOURS

BIENVENUE CHEZ LES CALINOURS

Par Jean Baptiste Henry | May 6 2016
A man wearing a hat posing with a stuffed animal.

STIMAGMATISATION ou stigmatisation (en majuscule cela lui donnait trop de force), je vais tenter de le définir, alors c’est un nom féminin qui veut dire selon Wikipédia «La stigmatisation est un sérieux désaccord social de caractéristiques ou croyances personnelles qui sont perçues comme allant à l’encontre des … ». Ok, un gros bla, bla, bla !

Sortons un instant du cadre de la définition, au fait me suis-je présenté ? Depuis quelques temps, je collabore avec la Société canadienne du Sida comme représentant régional du Québec, mais aussi dans son Conseil national des jeunes,et maintenant dans le projet Résiste à la Stigmatisation. Chacun de nous avons une définition, une perception de la stigmatisation. J’ai sélectionné quelques passages, expériences qui pourront nous aider à mieux la comprendre. Ces definitions proviennent des jeunes qui souhaitaient participer au projet :

— B. P.: “La stigmatisation, c’est comme une crainte intériorisée, particulièrement présente quand je me sens vulnérable.”

— C. C.: “La stigmatisation c’est dure, toxique , c’est une idée, un sentiment. Elle peut être pensée comme une idéologie – une chose intangible qui agit sur le niveau systématique et systémique. Elle est nourrie par le préjugé et la discrimination qui donne de la négativité … Pourquoi est-ce un mal? Car il est présent partout dans la société, depuis la création des lois jusqu’à affecter directement ou indirectement sur nos vies quotidiennes. Cela va encore plus loin, jusqu’à démolir nos défenses pour nous faire sentir des êtres sans valeur, favorisant ainsi la maladie mentale, le suicide, le harcèlement et même tuer.”

— A. B.: “C’est un sentiment qui ronge vos boyaux, vous tort de douleur qui arrive suite à une interaction dont vous n’avez pas le contrôle. Il est présent partout : à la station essence pour remplir de gaz votre voiture suite à une ballade par un agréable jour ensoleillé, posant une candidature pour un emploi comme un éducateur, pour remplacer votre carte d’identité dans un bureau gouvernemental du Nouveau-Brunswick, ou juste en étant avec des copains dans Halifax bavardant un vendredi soir après quelques bières. Pour les personnes vivant avec le VIH, c’est un sentiment qui tous le temps présent…Il est aussi là, au moment de la transaction pour une travailleuse du sexe, pour une personne sans-revenu qui demande de l’argent dans la rue. Je connais la stigmatisation car elle sait où vous faire mal, sans même que nous le sachions nous-même.”

— J.-F. G.: “C’est dans cette optique que je perçois la stigmatisation : une délimitation qui peut être physique ou imaginaire, subtile ou évidente. Une exclusion, une façon de rendre singulière un individu ou un groupe de personnes, de le catégoriser et de le mettre à part. C’est également un refus de s’informer, de s’ouvrir, de comprendre. Un entêtement. Une généralisation.”

La stigmatisation se manifeste partout, même là où on devrait pas s’attendre à en vivre. Un jeune PVVIH, me racontait qu’une fois il a du aller à l’urgence en région, il se présente devant l’infirmiere de triage qui lui pose les questions de routine. La question sur la statut sérologique arrive, l’infirmiere ecrit VIH en rouge sur la feuille de son dossier, l’entourant aussi pour ce que se soit encore plus visible. Du coup, il s’est sentit mis à part du au manque de discrétion du personnel soignant. Ce n’est pas le seul témoignage que j’ai reçu de ce type. Paradoxalement, on s’attendrait à ce que le mIlieu de la santé soit le plus ouvert. Beaucoup, y ont vécu de la méfiance même parfois de l’aggressivité de la part des professionnels de la santé ou de médecin de famille.

Ces témoignages montre que dans la stigmatisation, il y a un effet de déshumanisation dans la même logique que le racisme, la xénophobie, l’homophobie, la transphobie, la sérophobie, l’antisémitisme, l’islamophobie, la discrimination à l’égard des pauvres, etc. En 2016, la communauté jeune LGBT est encore soumise à des préjugés et ces impacts. Toi, moi, sommes des personnes aux sensibilités différentes, alors comment vivrions-nous un monde sans stigmatisation ?

Nous serions probablement dans un monde de câlinours où les notions de race, sexe, genre, de classe, d’identité sexuelle n’auraient plus d’importance. Dans ce monde, les personnes vivant avec le VIH ne seraient pas juste définis par leur statut. Je me souviens d’un témoignage d’un jeune PVVIH, souvent il se regarde dans le miroir avec sa pilule d’ART serrée entre les dents. Il voit alors l’image d’une personne qui n’est pas différente d’une autre car il ne se regarde par son statut sérologique. C’est sa façon à lui de contrer la stigmatisation, avec comme mantra de vie le mot persévérance.

Nous sommes loin de ce monde, comme le souligne Albert Einstein “Quelle triste époque où il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé“. La stigmatisation est une usine qui fabrique des différences pour justifier la dévalorisation des personnes. Toi, que ferais- tu pour lutter contre la stigmatisation?

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